Agroalimentaire. Une filière en résistance

Première région agroalimentaire de France, la Bretagne profite de l’héritage d’un passé agricole. Aujourd’hui, les deux filières complémentaires représentent 160.000 emplois, soit 25 % de l’économie bretonne. L’industrie agroalimentaire pèse pour moitié de ces emplois, au sein de près de 900 entreprises. Malgré des difficultés conjoncturelles, ce secteur d’activité reste une filière d’avenir. En effet, la planète s’apprête à devoir nourrir neuf milliards d’êtres humains en 2050. Le défi alimentaire est une grande opportunité à saisir.

secteur agroalimentaire bretagne

L’agroalimentaire en Bretagne fait partie de la carte postale. Premier employeur breton, cette industrie induit tout une économie au sein des territoires : services, commerce, artisanat. À Vitré, Loudéac et Pontivy, l’agroalimentaire concerne un emploi sur sept.
« Les perspectives d’emploi dans l’industrie agroalimentaire sont très disparates », indique Jean-Paul Simier, directeur des filières alimentaires à Bretagne Développement Innovation. « Il y a des industries en forte croissance, d’autres en stagnation et d’autres encore qui mettent en place des plans sociaux ». En effet, depuis l’éclatement de Doux en 2012, les fermetures d’usines agroalimentaires et plans de licenciements se succèdent. « Pour autant, il existe des bassins d’emplois dynamiques en la matière. Comme le pays de Guer avec Mix Buffet qui recrute encore pour son site de production de salades préparées », note Jean-Paul Simier. « En amont, les industries de transformation de viandes blanches notamment souffrent. Les industriels spécialisés dans les produits élaborés se portent mieux ». La force de l’industrie agroalimentaire en Bretagne c’est justement sa diversité, sa spécialisation dans différents segments. Sa proximité avec le terrain agricole ou la pêche a permis l’essor d’une industrie diversifiée. Avec en première ligne des sites de transformation de viande, de poissons, de mollusques, de crustacés, de fabrication d’aliments pour animaux, de beurre, puis de légumes. Des activités représentées cinq fois plus en Bretagne que dans tout le reste de la France. Puis de façon plus secondaire des sites de production de biscuits, de pâtisserie, de glaces et sorbets, de lait, de pain et d’aliments pour animaux de compagnie.

 

Des industries à faible valeur ajoutée

Reste que la Bretagne est présente sur des industries à faible valeur ajoutée, de première transformation. Si une réflexion importante de l’évolution de l’industrie agroalimentaire vers des produits davantage élaborés ou à forte valeur ajoutée est déjà amorcée, cela a un impact sur l’emploi. En effet, plus automatisées, les industries requièrent alors moins de main d’oeuvre. « Je ne crois pas en l’avenir des produits élaborés », indique pourtant Pascal Pellan, ancien secrétaire général de la Chambre des Métiers des Côtes d’Armor et créateur du cluster agroalimentaire à Ploufragan. « On le voit bien, désormais les gens recherchent des produits plus simples, des produits bruts à retravailler eux-mêmes. La culture du fait-maison se réinstalle petit à petit dans les foyers français ». Des Français capables dans la même semaine de se nourrir de fast-food, de restaurant gastronomique et de se composer chez soi un boeuf bourguignon ou une blanquette de veau. « Le Français est très volatile. Tous ces secteurs de l’agroalimentaire sont complémentaires. Bien que la France soit le premier marché international pour McDonald après les États-Unis, la façon de manger des Français est entrée au Patrimoine Mondial de l’Unesco. C’est une valeur sûre », estime de son côté Jean-Paul Simier. Pour lui, les perspectives de l’industrie agroalimentaire sont très positives pour les dix, vingt ans à venir.

« Mécaniquement, le rebond économique
de l’industrie agroalimentaire est devant nous »

Jean-Paul Simier,
directeur des filières alimentaires à Bretagne Développement Innovation

Moderniser l’outil

Des perspectives positives pour peu que l’industrie agroalimentaire s’y prépare. « Aujourd’hui, l’industrie agroalimentaire est clairement en résistance. L’économie globale est en crise, on assiste à une déflation importante des prix. Les consommateurs français n’achètent plus », précise Jean-Paul Simier. Dans ce contexte, les industries agroalimentaires doivent pourtant maintenir leurs efforts sur leur productivité et leur compétitivité. « Elles doivent moderniser leur outil de production et anticiper un accroissement de la production », complète le directeur des filières alimentaires chez BDI. D’autant qu’un eldorado se dessine : l’export. « La bouffée d’oxygène viendra de l’international », assure-t-il. « Les pays émergents ont de plus en plus de pouvoir d’achat et recherchent des produits à la traçabilité et à la sécurité irréprochables ». Comme en Chine, où le lait en poudre est devenu un vrai produit de luxe. Et dont la consommation représente aujourd’hui deux fois les volumes de production de la Bretagne. Dans le créneau de la sécurité alimentaire, la France et la Bretagne ont une réelle carte à jouer.

 

Excellence des matières premières

Pour Pascal Pellan, l’industrie agroalimentaire doit absolument se pencher sur le lien entre l’alimentation et la santé. « Les Français sont de plus en plus regardant sur leur façon de se nourrir. Ils savent ce qui est bon ou pas pour leur santé. » Dans ce contexte, l’artisanat des métiers de bouche est également en bonne position. « Nous n’avons jamais autant plébiscité les produits du terroir, l’excellence des matières premières, les marchés aux primeurs et les produits frais », note Pascal Pellan. « Les artisans et petites PME ont toute leur place dans l’avenir de l’agroalimentaire ». « Mécaniquement, le rebond est devant nous. Aujourd’hui la difficulté est de résister pour exister encore lorsque la croissance reviendra », assure Jean-Paul Simier. La création d’emploi dans cette filière sera ainsi une conséquence de la croissance des industries agroalimentaire, de leur développement à l’export et de la modernisation de leur appareil productif.

 

Pour en savoir plus :
Le dossier de l’Octant – Insee
http://www.insee.fr/fr/insee_regions/bretagne/themes/dossiers/dossier_octant/dossier_55/do55.pdf

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